Nos vies sont tellement liées à Internet qu’un effondrement pourrait rapidement conduire au chaos. Les feux de circulation tombent en panne, les services d’urgence sont incapables d’agir et le commerce est paralysé – un scénario parfaitement illustré par les récentes coupures d’électricité en Espagne et au Portugal. Mais alors que les gouvernements semblent manquer de plans solides pour faire face à de telles pannes d’Internet, un groupe de bénévoles dévoués élabore leurs propres stratégies pour redémarrer le réseau en cas de catastrophe.

La fragilité de notre monde numérique

Les sociétés sont vulnérables, disait Lénine, lorsqu’elles ne sont séparées de leur prochain repas que par trois miles carrés. Dans le monde moderne, cette ligne de démarcation est un signal Wi-Fi. Notre dépendance à l’égard des ordinateurs et d’Internet signifie que lorsque ces systèmes tombent en panne, ils surviennent à une vitesse alarmante.

Cette vulnérabilité est devenue évidente lors des récentes coupures de courant en Espagne et au Portugal, où les feux de circulation sont devenus éteints, les routes sont devenues bouchées et les services d’urgence ont eu du mal à réagir. Les réseaux de télécommunications au Maroc et au Groenland ont également été touchés, mettant en évidence l’interconnectivité et la fragilité des infrastructures modernes.

Les inquiétudes concernant l’absence de plans officiels pour remédier aux pannes catastrophiques d’Internet ont poussé Valerie Aurora, une figure renommée du monde de la technologie, et une douzaine d’experts en cybersécurité, de pirates informatiques, d’amateurs de radio et d’avocats à créer l’Internet Resiliency Club (IRC).

Le Club de résilience Internet

Inspirés par les histoires de collègues ukrainiens sur l’ingéniosité nécessaire pour maintenir les systèmes en ligne au milieu d’attaques cybernétiques et physiques en provenance de Russie, les 150 volontaires de l’IRC élaborent des plans pour restaurer un Internet défectueux.

“Mon cauchemar, c’est que quelque chose ne va pas et que je ne puisse contacter personne”, explique Aurora. « J’aimerais contribuer à remettre les choses en marche. »

Internet est la création la plus complexe, la plus fragile et la plus vitale de l’humanité. C’est crucial pour les opérations bancaires mondiales, les opérations militaires, les réseaux téléphoniques et même les services publics comme l’eau et l’électricité. Pourtant, cet outil vital est de plus en plus menacé par le changement climatique, l’instabilité politique, les cyberattaques et même les tempêtes solaires.

Penser petit : reconstruire les réseaux locaux

L’approche de l’IRC est de commencer petit. Si Internet constitue un réseau mondial, sa capacité à connecter les entreprises et les individus au sein d’une ville est cruciale. Leur objectif initial est de construire un service local à Amsterdam, permettant aux entreprises de services publics et autres services vitaux de reprendre leurs activités.

«C’est le problème du bootstrap», explique Aurora. « Comment rétablir une connexion lorsque vous n’avez aucune connexion et que tous ceux qui peuvent la réparer n’ont pas de plan, ne savent pas où se rencontrer, ne savent pas où aller ? »

La solution Meshtastic

L’équipe IRC explore diverses technologies pour surmonter ce défi. Une piste prometteuse est Meshtastic, un projet géré par des bénévoles qui utilise un spectre radio sans licence pour envoyer de courts messages texte et des extraits de données.

Ces appareils, qui nécessitent peu d’énergie et peuvent être alimentés par de petits panneaux solaires, peuvent former un réseau maillé à travers une ville. Cela permet aux informations de circuler entre les appareils, même lorsque les services Internet traditionnels ne sont pas disponibles. Bien qu’ils ne soient pas adaptés aux appels vidéo, ils peuvent suffire à transmettre des informations essentielles en cas d’urgence.

Tester les limites

Les volontaires de l’IRC testent la technologie Meshtastic pour voir si elle répond à leurs attentes. Cependant, ils découvrent des limites. Alors que les constructeurs revendiquent une autonomie allant jusqu’à 10 kilomètres, les tests en milieu urbain révèlent une autonomie beaucoup plus courte – plus proche de quelques centaines de mètres. Pour fonctionner efficacement dans une ville comme Amsterdam, des centaines d’appareils devraient être installés, ce qui poserait des problèmes en raison des réglementations en matière d’urbanisme et de la nécessité d’obtenir des autorisations pour les bâtiments historiques.

Un effort communautaire

Les efforts de l’IRC visent à encourager les experts du monde entier à former des groupes locaux similaires, créant ainsi un réseau plus résilient et interconnecté. Même s’il n’est pas certain que leurs projets seront un jour nécessaires, les volontaires de l’IRC sont motivés par la crainte que les gouvernements négligent ce problème ou donnent la priorité à la sécurité plutôt qu’à l’accessibilité.

Une préoccupation croissante

Une récente rencontre avec des responsables gouvernementaux et des fabricants de matériel informatique au sujet de la loi sur la cyber-résilience de l’Union européenne a mis en évidence une tendance inquiétante : même les tentatives visant à renforcer la sécurité Internet se heurtent à une résistance. Les volontaires de l’IRC restent engagés dans leur mission, animés par la conviction qu’un Internet plus résilient et décentralisé est essentiel pour notre avenir.