Ces dernières années, les scientifiques et les professionnels de la santé ont de plus en plus mis en garde contre les dangers des aliments ultra-transformés (UPF), suggérant qu’ils contribuent de manière significative aux taux de maladies chroniques. Mais que sont exactement les UPF, pourquoi pourraient-ils être nocifs et dans quelle mesure le public devrait-il prendre ces préoccupations au sérieux ?
Définir les aliments ultra-transformés
Depuis des millénaires, les humains transforment les aliments pour en améliorer le goût et la conservation grâce à des méthodes telles que le broyage, le salage et la fermentation. Cependant, le terme « ultra-transformé » est apparu à la fin des années 2000, inventé par Carlos Monteiro de l’Université de São Paulo. Il a défini ces aliments comme des produits fabriqués en décomposant des aliments entiers en leurs composants – sucres, graisses, fibres – et en les modifiant chimiquement avec des additifs. Les exemples courants incluent les céréales pour petit-déjeuner, les biscuits, les bâtonnets de poisson, les glaces, le pain produit en série et les boissons sucrées.
Le passage aux UPF remet en question les conseils nutritionnels traditionnels, qui se concentrent principalement sur la limitation du sel, du sucre et des graisses saturées tout en augmentant les fibres et les vitamines. L’accent mis sur le degré de transformation suggère que la manière dont un aliment est fabriqué peut être aussi importante que ce qu’il contient. Certains pays, dont le Brésil, la Belgique et la Nouvelle-Zélande, ont déjà ajusté leurs directives alimentaires pour décourager la consommation d’UPF.
Les preuves : corrélation contre causalité
Plus de 100 études associent désormais les régimes UPF élevés à des risques accrus de cancer, de diabète, de démence, de maladies cardiaques, d’obésité et de maladies intestinales. Cependant, bon nombre de ces études démontrent uniquement une corrélation, et non un lien de causalité. Les régimes riches en UPF coïncident souvent avec d’autres habitudes malsaines, ce qui rend difficile l’isolement de l’effet de la transformation elle-même. De plus, les études basées sur les régimes alimentaires autodéclarés sont sujettes à des inexactitudes.
Les preuves les plus solides proviennent d’un essai randomisé de 2019, même s’il s’agissait d’un essai de petite envergure et de courte durée. Les volontaires suivant un régime riche en UPF consommaient environ 500 calories de plus par jour et prenaient du poids, tandis que ceux suivant un régime non transformé perdaient du poids. Cela suggère que les UPF peuvent encourager la suralimentation car ils sont conçus pour être appétissants et faciles à digérer.
Au-delà des calories : autres risques potentiels
Certains scientifiques pensent que les UPF pourraient nuire à la santé d’autres manières. La contamination par les toxines industrielles, les additifs nocifs comme les émulsifiants et la perturbation du microbiome intestinal sont autant de préoccupations potentielles. Certains plaident en faveur d’une réglementation stricte sur les UPF – semblables à celles du tabac – comprenant des étiquettes d’avertissement, des restrictions en matière de publicité, des interdictions d’école et des taxes élevées.
Contre-arguments et considérations pratiques
Les critiques affirment que les preuves ne sont pas suffisamment solides pour justifier des politiques aussi agressives. L’étiquette UPF est large et peut inclure des aliments raisonnablement sains comme le yaourt ou le pain complet. Même les nutritionnistes ont du mal à catégoriser les aliments de manière cohérente, ce qui rend la compréhension du consommateur difficile. De plus, de nombreuses personnes dépendent des UPF en raison de contraintes de temps ou de contraintes financières, et les diaboliser pourrait limiter l’accès à une nutrition abordable.
Conclusion
Bien que les UPF soient manifestement liés à des habitudes alimentaires malsaines et à la surconsommation, les éviter complètement est irréaliste pour la plupart. Réduire la consommation et donner la priorité aux aliments complets est bénéfique, mais il est peu probable qu’une consommation modérée soit catastrophique. Une approche équilibrée – réduire autant que possible tout en reconnaissant la commodité – est plus pratique qu’une restriction rigide.
